ISSN 1840 - 8184 Justice, Vérité, Miséricorde HEBDOMADAIRE CATHOLIQUE NUMÉRO 1838 du 14 novembre 2025 N° 1221/MISP / DC / SG / DGAI / SCC
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Justice, Vérité, Miséricorde Journal 1838 du 14 novembre 2025

Rien ne presse !

Michaël S. GOMÉ

Encore une nouvelle révision de la Constitution ! Les députés de la 9e législature finissante sont invités à se présenter au Palais des Gouverneurs ce jour, 14 novembre 2025, en vue de donner une nouvelle amplitude législative à la loi No90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin. Après la dernière révision nocturne de la loi fondamentale en 2019, une autre est désormais en perspective. Elle vise, entre autres, la création d’une nouvelle Institution dans l’appareil de l’État : le Sénat. Comme en 2019, la question de la pertinence et de l’opportunité d’une telle proposition de loi en contexte électoral saoulant et frictionnant se pose. De fait, le risque de la banalisation de pareilles entreprises était prévisible une fois que l’assurance de l’alternance au pouvoir était garantie à travers l’article 44 nouveau issu de la révision de 2019. À tout moment, on peut donc secouer allégrement le tronc du corpus législatif, au gré des intérêts du moment. Le drame dans l’exécution de cette décision aux conséquences imprévisibles, comme ce fut le cas précédemment, est que cela semble l’affaire d’un clan politique et non de toute la Nation. Les nouveaux tresseurs de corde dédaignent l’idée d’emboîter le pas aux pionniers au moyen de débats incluant les corps constitués et intermédiaires de la République. Mais hélas ! 109 personnes, fussent-elles députés jouissant d’un mandat représentatif, s’engagent à porter sur leurs frêles épaules la grave prétention de la réorientation de la destinée de toute une Nation, sans sacrifier à l’impérieux devoir de s’enquérir de l’avis favorable de leurs mandants. Ils sont très pressés. Et pourtant, rien ne presse ! Le régime voulu par voie référendaire est présidentiel, même s’il y a eu des avatars de l’histoire. Et si chaque Institution, surtout celle de contre-pouvoir, s’appliquait à jouer convenablement le rôle constitutionnel de garant des libertés et des droits fondamentaux, ce besoin pressant ne se ferait pas sentir. Pire, comment s’aventurer dans un labyrinthe où des citoyens sans mandat électif actif en viendraient à imposer, presque à vie, leur diktat comme par un droit de veto sans jamais devoir en rendre compte devant le peuple souverain ?