VENT D’ELECTIONS EN AFRIQUE
Entre violences et résignation, la démocratie bat d’une aile
Ces derniers mois, le Continent africain a été le théâtre d’agitations électorales inquiétantes. Au Cameroun, en Côte d’Ivoire et en Tanzanie, la tension est montée d’un cran. Si de tous les côtés, la volonté d’alternance s’affiche, elle ne reflète pas forcément le résultat des urnes. Les fréquentes violences qui naissent alors des contestations contraignent parfois les peuples à la résignation et par conséquent, à l’abandon de la chose politique, préférant ainsi la paix même au mépris de leurs propres droits de citoyens.
Une femme faisant usage de son droit de vote
Romaric DJOHOSSOUAu Cameroun, les élections du 12 octobre 2025 ont confirmé un homme de 92 ans dans la charge présidentielle qu’il assume depuis 43 ans. Le Conseil présidentiel l’a signifié le 27 octobre dernier. Paul Biya devient le chef d’État le plus âgé au monde. Dans une interview accordée à France 24, un Camerounais sur la sortie d’une rue affirme : « Nous avons déjà supporté pendant 43 ans ; on peut encore supporter 7 ans ». À l’évidence, sa réélection avec 53,66% des voix laisse perplexe un certain nombre de Camerounais. Parmi eux, l’opposant Issa Tchiroma Bakary conteste les résultats en remettant « en cause les chiffres et la légitimité de ce 8e mandat ». Comme on pouvait s’y attendre, les manifestations dans les rues de Douala qui ont fait plusieurs morts ont été très tôt étouffées. En Afrique de l’Ouest et précisément en Côte d’Ivoire, un journal a titré : « Ouattara, le coup K.O. parfait ! ». A 83 ans, le président Alassane Ouattara brigue un 4ᵉ mandat à la joie de son parti et de ses partisans, à l'exception d'une minorité qui, depuis la mise à l’index de certains opposants, a commis des actes fort répréhensibles le jour de l'élection. Plus de peur que de mal, la Côte d’Ivoire s’en est sortie la tête haute, alors qu’aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, les gens avaient retenu leur souffle et imploré tous les dieux pour qu’aucune violence ne se généralise. Le 4 novembre 2025, le Conseil constitutionnel ivoirien a déclaré réélu au premier tour du 25 octobre, avec 89,77% des suffrages exprimés, le président Ouattara. Rien de surprenant pour une élection sans Laurent Gbagbo du Parti des Peuples Africains - Côte d’Ivoire (Ppa-Ci) et Tidjane Thiam du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci). Et pourtant, ils étaient cinq sur la liste retenue par l’Institution. Face à la mouvance que représente Alassane Dramane Ouattara du parti unifié du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), une opposition écartelée entre Simone Ehivet, ancienne première dame, du Mouvement des générations capables (Mgc) ; Jean-Louis Billon, ancien membre du Pdci qui s’est présenté avec le Congrès démocratique (Code) ; Ahoua Don Mello, ancien ministre, indépendant et Henriette Lagou Adjoua, ancienne ministre, coalition Gp-paix (Groupement de partenaires politiques pour la paix). Si l’unité leur a fait défaut, cet état de choses a été d’un grand service pour ceux qui pensent qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Contrairement au cas camerounais, l’opposant Jean-Louis Billon s’est dépêché de féliciter son adversaire politique et d’appeler à l’unité nationale au lendemain de l'élection. Son fair play est fort louable. C’est un point pour la démocratie quand bien même le régime se donne les moyens, par la force des lois et la voix du peuple, pour perdurer. Une élection présidentielle tumultueuse pour Suluhu En Tanzanie, Samia Suluhu Hassan a remporté l’élection présidentielle après avoir achevé le mandat entamé par le président John Magufuli, décédé le 17 mars 2021. Alors qu’elle assumait la charge de vice-présidente aux côtés d’un président quelque peu autoritaire selon les médias, elle s’est vu confier le destin de son peuple. La présidente aurait raflé 97% des voix lors du scrutin du 29 octobre 2025. Mais selon diverses sources, l’opposition fait état de plusieurs centaines de vies perdues au cours des violences postélectorales. « Ses principaux rivaux, Tundu Lissu (Chadema) et Luhaga Mpina (Act-Wazalendo), n’ont pas été autorisés à se présenter, dans un climat qualifié de « répressif » par plusieurs organisations de défense des droits humains. Amnesty International a par ailleurs signalé des cas de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et d’exécutions extrajudiciaires » (Vatican News). Africa News informe que « ce vendredi, les procureurs tanzaniens ont inculpé plusieurs dizaines de personnes pour trahison en raison de leur rôle présumé dans les violences qui ont entouré les élections contestées dans le pays ». D’autres médias annoncent l’arrestation d’un haut responsable du principal parti d’opposition, ce 8 novembre. Pour peu qu’on s’intéresse au taux de participation à cette élection, un contraste perdure entre la faible affluence des votants selon l’opposition et les 87% de taux de participation qu’évoque la Commission électorale. En Côte d’Ivoire, la Commission électorale indépendante évalue à 50,10 % le taux de participation. Alors qu’au Cameroun, selon les chiffres officiels, des 8.082.692 personnes inscrites, 4.668.446 ont effectivement participé au scrutin. On dirait bien que la légalité se moque de plus en plus de la légitimité, au grand dam des peuples africains forcés de se taire. Quelle que soit la personnalité politique qui prend les rênes, c’est un ouf de soulagement. L’essentiel, c’est de passer le cap des élections afin de vaquer à ses occupations les plus ordinaires. Le désintérêt pour la chose politique s’installe dans la masse. Mais jusqu’à quand doit-on supporter ces règnes interminables aux allures impériales que déguise la démocratie qui, tout de même, peine à se reconnaître lorsque, par le moyen des lois, le pouvoir de certains hommes d’État se prolonge ? Dans tous les cas, exercer son droit de vote Quant aux Béninois, ils se préparent à aller aux urnes en janvier et en avril 2026. L'absence du parti Les Démocrates à l’élection présidentielle n’enchante personne. Patrice Talon a tenu sa promesse de ne faire que deux mandats. Et déjà, il prépare sa relève. Une certitude : la violence n’est pas le moyen approprié pour obtenir la rupture. Madagascar en est la preuve. Le départ du président Andry Rajoelina n’a pas encore réglé la situation. L’homme fort du moment, Michael Randrianirina et son Gouvernement sont loin d’apporter des solutions immédiates et de satisfaire les attentes des Malgaches. Aussi peut-on lire sur le site de Radio France Internationale (Rfi) : « Il y a ceux qui ne sont ni impressionnés, ni complètement déçus, comme Zezika, membre actif de la Gen Z. Il se dit toutefois embêté que « certains «dinosaures» aient été recyclés » et, insiste-t-il, de retrouver à des postes clés « certains proches de l'ancien régime ou de la précédente transition ». Pour ce jeune, ce Gouvernement s’apparente finalement à une espèce de « retour de faveurs politiques mêlé à une volonté de bien faire ». Rfi poursuit : « Luffy, un autre membre de la Gen Z, est beaucoup plus inquiet quant au retour de certains "revenants", comme il les nomme, et d’autres personnalités politiques au passé dérangeant, connues pour leurs discours dangereux. « La rupture ne risque pas de venir avec ces ministres-là », remarque-t-il. Le 8 novembre, après trois semaines d’exercice du pouvoir, le nouveau Gouvernement a déjoué une tentative d’assassinat du président Michael Randrianirina. Que faire pour sortir l’Afrique de ce cauchemar ? Nous avons du mal avec la démocratie et on dirait que la Communauté internationale n'a malheureusement pas l’intention de nous aider à avoir des institutions fortes. De toute évidence, le pouvoir tel que conçu en Afrique a du mal à s’approprier les règles de la démocratie et les volontés d’alternance du pouvoir. Au Bénin, pour la présidentielle de 2026, le parti Les Démocrates sera le grand absent. Le peuple béninois devra se contenter du duo de la mouvance présidentielle et de celui du parti Force Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbé) en accord de gouvernance avec celle-ci. Que peut-on faire ? Pour l’heure, espérer que le Bénin en sorte gagnant.